« On est au début d'une catastrophe sanitaire »
L'Apajh est confrontée au vieillissement souvent précoce de ses bénéficiaires handicapés. Et réclame des moyens pour subvenir aux énormes besoins en médicalisation.

À l'Embellie, à Prats-de-Carlux, le directeur Jacky Catoir a au moins deux pensionnaires, « qui ont un besoin urgent » d'être placés dans une structure médicalisée. PHOTO T. D.
Eric Jaubertie appelle ça « un cri d'alerte ». Le directeur général de l'Apajh Périgord noir, l'Association pour adultes et jeunes handicapés (ex-Adapei), semble presque résigné quand il évoque le problème du vieillissement des handicapés en Sarladais. « Et ailleurs, car la problématique est nationale. Elle est simple, les enfants accueillis dans les structures il y a 20 ou 30 ans ont vieilli et deviennent de plus en plus dépendants. S'ajoute donc à leur handicap un besoin de médicalisation que nous ne pouvons assurer dans nos différents foyers de vie. »
La structure compte huit foyers, et 400 handicapés bénéficiaires. Environ une vingtaine de cas - « en situation dramatique », ajoute le président Claude Brard - doivent intégrer un foyer d'accueil médicalisé (FAM) que les pouvoirs publics, l'an passé, ont refusé de construire. « Une chose est sûre, si demain, on ouvrait un FAM de 40 personnes, il serait plein en quinze jours », affirme Claude Brard, qui fait ce qu'il peut auprès de la directrice de l'Agence régionale de la santé, Nicole Klein, pour obtenir gain de cause. « Mais elle n'a pas tous les pouvoirs, c'est plus haut. Et nous sommes malheureusement dans une période de restriction budgétaire », soupire Éric Jaubertie, qui se laisse aller : « Quand on voit ce que coûte à l'État la guerre en Libye… »
Une remise aux tuteurs ?
Pour lui, la situation est telle qu'elle correspond à « un début de catastrophe sanitaire ». Puisque la structure ne peut assurer - ce n'est pas sa compétence - toute la médicalisation nécessaire, MM. Brard et Jaubertie envisagent de remettre les personnes handicapées à leur tuteur. Un crève-cœur. « On culpabilise énormément de devoir faire cela, mais on y va tout droit », souffle le président. Auquel cas, le tuteur devra obtenir une hospitalisation d'office délivrée par le préfet.
Exemple à l'EmbellieDevant cet aveu d'impuissance de l'Apajh, Nicole Klein a tenu une réunion pour tenter de trouver une solution, et des places en FAM ou MAS (maison d'accueil spécialisée), qui ne sont que deux en Dordogne, à Atur et La Force. « Mais comment voulez-vous qu'il y ait des places ? », s'interroge Éric Jaubertie. « Car ces personnes vivent aussi plus longtemps. Certes, on peut dire que c'est tant mieux, mais tant qu'une personne ne décède pas, aucune ne peut prendre sa place et bénéficier des mêmes soins. Voilà où nous en sommes aujourd'hui. »
À l'Embellie, à Prats-de-Carlux, où le directeur Jacky Catoir accueille 50 jeunes et adultes handicapés, la situation est critique. « On a remué ciel et terre pour qu'un malade reste à l'hôpital, mais il en reste deux, qui ont un besoin urgent de structure médicalisée, qui sont avec nous. Pour le cas de crises d'épilepsie à répétition, c'est dangereux pour eux, et pour les autres autour. Il faut faire quelque chose. »


